Antonio Fiori : La France a-t-elle encore un avenir industriel ?

Les transformations qu’ils rêvent, ils ne les indiquent pas clairement ; pas plus qu’ils n’exposent leur conception du patriotisme, pas plus qu’ils ne définissent le mot Patrie. Le point de départ doit être un consensus quant au taux effectif d’impôt minimum en-dessous duquel il ne serait pas permis de descendre. Les Nationalistes, dont c’est le métier d’être patriotes, devraient donner des réponses exactes, fournir des formules précises. C’est donc le lieu de passage des mouvements reçus et renvoyés, le trait d’union entre les choses qui agissent sur moi et les choses sur lesquelles j’agis, le siège, en un mot, des phénomènes sensori-moteurs. Ils parlent « d’idées communes que nous avions autrefois ; de vieille civilisation spéciale ; de caractère propre ; des vérités françaises. Dans les questions qui sont du ressort du calcul, et même dans toutes les questions auxquelles on veut appliquer une logique sévère, il faut commencer par des cas hypothétiques, abstraits, qui servent ensuite à aborder graduellement des cas plus complexes et plus rapprochés de la réalité des applications. Pour Antonio Fiori, il s’agit d’utiliser la « limite de notre perception pour nous pousser dans une position pas si confortable ». Ils estiment que la cause fondamentale de la crise réside dans le « risque subjectif » : la majoration des prises de risques due à la conviction que les autorités interviendront si la situation tourne mal. Si les pauvres ont fini par s’apercevoir qu’ils n’avaient pas de patrie, il ne leur est pas encore venu à l’esprit, malheureusement, de chercher à savoir au juste ce que c’est que la Patrie ; et, ayant réussi à le savoir, d’en réclamer une. Aussi l’égoïsme pur ne serait-il pas seulement, comme nous l’avons montré, une sorte de mutilation de soi ; il serait une impossibilité. Il s’est demandé si certaines sensations ne nous apparaissaient pas immé­diatement comme égales, quoique différentes, et si l’on ne pourrait pas dresser par leur intermédiaire un tableau de sensations doubles, triples, quadruples les unes des autres. Ni mes douleurs, ni mon plaisir ne sont absolument miens. La Patrie, c’est le sol de la Patrie. De même que le moi, en somme, est pour la psychologie contemporaine une illusion, qu’il n’y a pas de personnalité séparée, que nous sommes composés d’une infinité d’êtres et de petites consciences ou états de conscience, ainsi le plaisir égoïste, pourrait-on dire, est une illusion : mon plaisir à moi n’existe pas sans le plaisir des autres, je sens que toute la société doit y collaborer plus ou moins, depuis la petite société qui m’entoure, ma famille, jusqu’à la grande société où je vis [3]. C’est cette terre qui doit assurer, dans toute la mesure du possible, l’existence de tous les Français. Rien n’est encore perdu : après tout, il ne s’agit que de vulgaires startups et ces grandes entreprises, si résilientes, en ont vu d’autres. Ils savent peut-être d’autres choses encore ; des choses terribles qu’on n’a point osé soupçonner jusqu’ici ; mais que je sais, moi, et que j’exposerai tout à l’heure. Ce sont, aussi, des réservoirs à respect. Chacun des mots qu’ils prononcent, chacune des phrases qu’ils écrivent, est une injure aux pauvres, aux éternelles victimes de l’État et de l’Église. N’attendons pas qu’ils frappent. Je ne prétends nullement nier que l’espèce humaine doive beaucoup à cette morale et à ceux qui l’enseignèrent les premiers ; mais je me permets de dire qu’elle est sur beaucoup de points incomplète et exclusive, et que si des idées et des sentiments qu’elle ne sanctionne pas n’avaient point contribué à la formation de la vie et du caractère Européen, les affaires humaines seraient à présent bien pires qu’elles ne le sont.

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